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Un nouveau poste de risque pour les investisseurs

L’accélération des dépenses consacrées aux infrastructures d’intelligence artificielle fait émerger un nouveau risque de marché pour les investissements dans les data centers. Tandis que l’opposition locale, d’abord visible aux États-Unis, s’étend à d’autres marchés, notamment en Europe et en Corée du Sud, des études montrent que le montant touché par les retards et les annulations atteint 42 milliards de dollars rien qu’en Europe.

Ce chiffre est mis en regard d’environ 77 milliards de dollars d’investissements également sous pression aux États-Unis pour les mêmes raisons. Selon les experts, la montée de la contestation allonge les procédures d’autorisation et pèse directement sur les calendriers d’exécution comme sur le coût final.

Les procédures d’autorisation se durcissent en Europe

Selon les données d’European Data Center Monitor, plus de 70 projets de data centers ont été refusés ou restreints en Europe entre janvier et avril. Ce total dépasse le niveau observé sur l’ensemble de 2025 et montre que les contestations s’étendent désormais des municipalités aux tribunaux, en passant par les régulateurs et les parlements.

Les tensions sur le réseau, l’eau et le foncier dominent

L’Écosse a suspendu l’octroi d’autorisations de planification pour de nouveaux data centers hyperscale après des campagnes de mobilisation. Le Danemark a adopté une loi d’urgence susceptible de reléguer les data centers en bas de la liste des demandes de raccordement au réseau, après la hausse des requêtes liées à l’électricité ; l’Espagne a, de son côté, proposé de nouvelles règles imposant que 80 % de l’électricité des projets provienne de sources renouvelables.

Au Royaume-Uni, certains projets ralentissent sous l’effet des oppositions locales, alors que le débat porte aussi sur la consommation d’eau, la forte demande en électricité, les prix de l’énergie et les besoins importants en terrains. L’absence d’une norme claire pour mesurer la création d’emplois durables du secteur et la valeur économique d’une installation par mégawatt complique également les décisions d’investissement.

  • Dans les zones densément peuplées, la sensibilité à la consommation d’énergie et d’eau augmente.
  • Les retards d’autorisation exposent à des dépenses préparatoires engagées avant même le début des travaux.

En Corée du Sud, l’objectif de croissance se heurte à la résistance locale

En Corée du Sud, le gouvernement a désigné en juin les data centers dédiés à l’IA comme l’un des trois grands axes d’investissement, aux côtés des semi-conducteurs et de l’IA physique. Pourtant, à Geumcheon, dans le sud-ouest de Séoul, des riverains ont demandé l’annulation du permis de construire et l’arrêt d’un chantier de data center prévu près de chez eux.

En juillet, les autorités ont annoncé qu’elles envisageaient d’exiger l’accord de la majorité des habitants vivant dans un rayon de 200 mètres autour des sites proposés, ainsi qu’un examen en trois étapes et un mécanisme de résolution des différends pour les projets. Selon la presse locale, les manifestations organisées en semaine au petit matin contre le même projet avaient atteint 172 jours à la mi-août.

À Gwacheon, juste au sud de Séoul, un élu local a également proposé un règlement destiné à protéger les habitants contre les risques liés aux data centers fonctionnant 24 heures sur 24, y compris d’éventuels incendies provenant des batteries de secours.

Pression sur les coûts et les valorisations

Si aucun signe clair ne montre à court terme un affaiblissement de la demande portée par l’IA, la principale vulnérabilité pour les investisseurs reste le report des projets, voire leur abandon, avant même le début des travaux. Selon des consultants du secteur, des ressources importantes sont déjà engagées avant l’obtention des permis, dans l’achat de terrain, la conception du projet et les démarches administratives, ce qui accroît le risque de coûts irrécupérables en cas d’échec.

Equinix estime que la montée en visibilité des infrastructures numériques pousse les communautés locales à s’interroger davantage sur ce qui est construit et sur la manière dont les impacts sont gérés, tout en reconnaissant que l’environnement politique se tend sur certains marchés. Pour le marché, cette situation montre que, dans la thèse d’investissement liée aux data centers, la demande et les coûts de l’énergie ne sont plus les seules variables clés : l’acceptation sociale et le risque réglementaire sont désormais tout aussi déterminants.

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