Pourquoi une interdiction est-elle sur la table ?
Le débat sur une interdiction des exportations de diesel par les États-Unis s’est imposé alors que les coûts des carburants dans le pays approchent de niveaux records à l’approche des élections de mi-mandat. Donald Trump a déclaré soutenir une limitation des exportations de diesel afin d’augmenter l’offre sur le marché intérieur.
Selon les données de l’American Automobile Association (AAA), le prix du diesel s’établit en moyenne autour de 6,45 dollars le gallon. L’Energy Information Administration (EIA), l’agence américaine d’information sur l’énergie, indique que les raffineries du pays produisent environ 4 à 5 millions de barils de diesel par jour, dont quelque 3,6 millions sont consommés sur le marché intérieur.
Le volume restant, soit 1,2 à 1,5 million de barils, est expédié vers les marchés étrangers. La hausse des prix est également alimentée par la guerre avec l’Iran, qui perturbe les axes d’acheminement stratégiques autour du détroit d’Ormuz et resserre l’offre mondiale.
Quels pays et quels secteurs pourraient être touchés ?
Entre 60 % et 70 % du diesel exporté par les États-Unis part en Amérique latine. Des pays comme le Mexique, le Brésil, le Chili et l’Équateur dépendent largement des expéditions américaines pour leurs activités de transport, d’agriculture et d’industrie.
Des volumes importants de carburant sont également acheminés vers des pays européens comme la France, les Pays-Bas et le Royaume-Uni. Face à la recherche d’alternatives aux approvisionnements du Moyen-Orient, ces États surveillent de près l’offre américaine.
- Aux États-Unis, le diesel est surtout utilisé par les camions de fret, les machines agricoles et les trains de marchandises.
- Par conséquent, toute hausse des prix peut avoir un effet en chaîne sur de nombreux postes, du transport alimentaire aux coûts de construction.
Au Royaume-Uni, après un pic historique des prix à la pompe, le gouvernement aurait pris contact avec les autorités américaines et préparé des mesures en cas d’interdiction. En France et plus largement en Europe continentale, la hausse des coûts de l’énergie renforce aussi la pression sur le pouvoir d’achat.
Les experts évoquent un soulagement à court terme, mais une pression mondiale accrue
Trump estime qu’une réduction, voire un arrêt complet des exportations, permettrait de retenir des volumes supplémentaires sur le marché intérieur et d’offrir un soulagement à court terme aux automobilistes, aux transporteurs et aux entreprises. Il affirme que l’administration examine sérieusement cette option, avec le soutien de plusieurs figures républicaines.
En revanche, les analystes d’Argus Media jugent que le retrait de l’offre américaine du marché mondial pourrait provoquer une forte hausse des prix internationaux. Dans ce scénario, une nouvelle course aux prix pourrait s’installer entre importateurs, notamment en Amérique latine et en Europe.
Le chef économiste d’Argus Media, David Fyfe, a déclaré que cette situation pourrait « réinjecter de l’inflation dans l’économie mondiale ».
L’analyste Sarah Raffoul a également estimé que des prix internationaux plus élevés finiraient par freiner la demande, mais que le manque à combler dans un premier temps compliquerait les relations commerciales. Selon les experts, le retrait du marché de plus d’un million de barils par jour de diesel américain pourrait faire repartir à la hausse les coûts du fret, de l’alimentation et de l’industrie dans le monde entier.
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