Les manifestations s’amplifient après le rejet parlementaire
La crise du logement en Espagne s’est de nouveau imposée au cœur de l’actualité après le rejet au Parlement de la tentative du gouvernement de faire adopter des mesures d’urgence. À la suite de l’échec, vendredi, de deux décrets visant les locataires présentés par le gouvernement de Pedro Sánchez, quelque 50 marches étaient prévues samedi dans plusieurs villes, dont Madrid, Valence et Barcelone.
L’une des plus importantes manifestations s’est tenue dans la capitale, Madrid. Les estimations de participation ont fortement divergé : l’Union des locataires de Madrid a avancé le chiffre de 500.000 personnes, tandis que des responsables gouvernementaux ont évoqué 70.000 participants. Une partie des manifestants campait depuis plusieurs jours sur la Puerta del Sol.
Des heurts avec la police à Valence
À Valence, les manifestations se sont concentrées près du Palau de les Arts Reina Sofía, où se tenait un sommet immobilier. Le porte-parole de l’Union des locataires de Valence a déclaré : « Il y a une grande colère dans la rue », tandis que des affrontements ont éclaté entre certains manifestants et la police.
Selon les médias espagnols, certains protestataires ont déplacé des barrières et jeté des objets sur la police, qui a répondu avec des balles en caoutchouc. Le média public RTVE a indiqué que 9 policiers avaient été blessés et que 5 personnes avaient été interpellées.
Que prévoyaient les mesures rejetées ?
Le premier décret soumis au vote au Parlement a été rejeté par 178 voix contre 172, et le second par 184 voix contre 166. Le gouvernement de coalition, en situation minoritaire, avait besoin du soutien de petits partis nationalistes de Catalogne et du Pays basque, en raison de l’opposition du Parti populaire (PP) et de Vox.
Mais la formation indépendantiste catalane de centre droit Together for Catalonia (JxCat) a annoncé, avant la séance, qu’elle voterait contre les deux textes. Cette configuration a aussi ravivé les spéculations sur la possibilité pour Sánchez de convoquer des élections législatives anticipées.
- Le premier décret prévoyait la suspension jusqu’en 2030 des expulsions de locataires en situation de vulnérabilité, une prolongation de deux ans des baux arrivant à échéance avant 2028, ainsi qu’une hausse de la fiscalité sur les logements touristiques.
- Le même paquet incluait aussi des restrictions sur les achats immobiliers par les fonds d’investissement ; le second décret prévoyait, lui, le renouvellement automatique des contrats de location.
La hausse des loyers et la pénurie de logements nourrissent la crise
Une expulsion très médiatisée a déclenché la colère
Le déclencheur des manifestations a été l’expulsion, en septembre, de Maricarmen Abascal, 87 ans, qui n’a pas pu faire face à une forte hausse de loyer. Un accord a ensuite été trouvé avec le propriétaire de l’appartement, Urbagestión, pour permettre son retour à un loyer plus bas, mais la contestation ne s’est pas arrêtée.
La Banque d’Espagne estime qu’il manque 700.000 logements dans le pays. Selon l’institut national de statistique INE, les prix du logement ont augmenté de 12,2 % sur un an au deuxième trimestre 2026. L’agence immobilière Idealista a, de son côté, indiqué que les loyers avaient progressé de 8,5 % en 2025, avec une hausse de 9,7 % rien qu’à Madrid ; Barcelone et Madrid sont devenues les marchés locatifs les plus chers du pays, à 23,80 euros et 22,70 euros le mètre carré respectivement.
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