À Ceuta, l’aide humanitaire bloquée et des camps incendiés
L’enclave espagnole de Ceuta, en Afrique du Nord, est secouée par des violences opposant des groupes d’extrême droite à des migrants en situation irrégulière, après l’afflux massif survenu fin juillet. Depuis qu’ils ont franchi la frontière marocaine il y a environ un mois, des milliers de migrants tentent de survivre dans les rues et sur les plages, alimentant les tensions avec la population locale.
Jeudi, des groupes civils ont empêché des équipes de la Croix-Rouge de distribuer nourriture et eau aux migrants. Dans la foulée, les tentes installées sur la plage de Trampolín, où des migrants étaient hébergés, ont été incendiées. La police, intervenue sur place, a affronté les manifestants. Des groupes auraient également commencé à traquer des migrants dans les rues, tandis que des journalistes auraient eux aussi été menacés.
Polarisation politique et enquête pour racisme
Avec l’escalade de la crise, les débats se sont durcis sur la scène politique espagnole. Le gouvernement de coalition de gauche dirigé par le Premier ministre Pedro Sánchez accuse le principal parti d’opposition conservateur, le Parti populaire (PP), ainsi que le parti d’extrême droite Vox, d’attiser la haine sociale. Une enquête pour crime de haine a été ouverte contre le député de Vox José María Figaredo en raison de propos appelant à traquer les migrants un par un.
En réaction, le maire de Ceuta, Juan Jesús Vivas, a estimé que la ville avait droit au retour à la normale, ajoutant dans une
« L’honneur de l’Espagne est en ce moment mis à l’épreuve à Ceuta »formule. Le gouvernement a, de son côté, placé la gestion de la crise directement sous l’autorité de Madrid, en contournant les prérogatives locales.
Réforme du droit des migrations et débat sur la souveraineté
Le ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a appelé à un comportement responsable, soulignant que la stigmatisation des migrants ne ferait qu’aggraver les divisions sociales. La ministre de la Défense, Margarita Robles, a présenté ses excuses à la population de Ceuta et annoncé une réforme en profondeur des lois nationales sur l’immigration.
La crise a aussi ravivé les tensions de souveraineté entre l’Espagne et le Maroc. Après la réaffirmation par Rabat de ses revendications historiques sur Ceuta et Melilla, le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a fermement réagi. Il a déclaré sans ambiguïté que l’intégrité territoriale de l’Espagne ne saurait faire l’objet d’aucune négociation avec quelque pays que ce soit.
Les chiffres clés de la crise migratoire à Ceuta
- Fin juillet, 72.000 personnes ont tenté de franchir la frontière marocaine vers la ville en l’espace de deux jours.
- Au moins 100 personnes sont mortes en essayant d’atteindre la ville à la nage depuis la côte.
- Si la grande majorité des personnes entrées ont été renvoyées, des milliers de migrants et d’enfants non accompagnés se trouvent encore dans la ville.
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