Que prévoit le nouveau plan d’expulsions ?
Le plan colombien d’expulsions a été mis sur la table à la suite des instructions données ce dimanche, lors d’une réunion du conseil de sécurité, par Abelardo de la Espriella, entré en fonctions ce mois-ci. Le chef de l’État a annoncé que des opérations de police contre les étrangers en situation irrégulière pourraient débuter cette semaine. Le gouvernement ciblerait d’abord les personnes signalées pour des infractions, puis celles dont le statut migratoire n’est pas régularisé.
La mesure devrait toucher en premier lieu les migrants vénézuéliens. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), environ 95 % des migrants en Colombie sont originaires du Venezuela. D’après les autorités migratoires, sur quelque 2,8 millions de Vénézuéliens vivant dans le pays, environ 2 millions disposent du Permis de protection temporaire (PPT), tandis qu’environ 500 000 personnes n’ont pas de statut légal ou voient leur autorisation temporaire devenue invalide faute de renouvellement.
- 2,8 millions de Vénézuéliens vivent en Colombie.
- Près de 2 millions de personnes disposent d’un Permis de protection temporaire (PPT).
- Environ 500 000 personnes n’ont pas de statut migratoire régulier.
Pourquoi l’opposition et les communautés migrantes s’y opposent-elles ?
La décision a suscité de vives réactions de l’opposition, notamment de Ivan Cepeda, chef du Pacte historique, le plus grand parti du Congrès, et de la députée Maria del Mar Pizarro, issue du même bloc. Les opposants estiment que les personnes ayant commis des crimes doivent être jugées, mais qu’un statut migratoire irrégulier ne peut pas, à lui seul, être assimilé à une infraction. Mme Pizarro a souligné qu’en raison du caractère poreux de la frontière terrestre, longue d’environ 2 200 kilomètres, les expulsions ne résoudront pas durablement le problème.
Une phase pilote à Barranquilla et des inquiétudes
Le gouvernement a indiqué que l’opération commencerait d’abord à Barranquilla, ville côtière choisie pour une phase pilote. On estime qu’environ 182 000 Vénézuéliens y vivent. Juan Carlos Viloria Doria, vice-président de l’association des Vénézuéliens de Barranquilla, a averti que la confusion entre irrégularité administrative et criminalité pourrait renforcer les préjugés à l’encontre de la communauté.
Ronald Vergara, qui soutient les migrants, a également expliqué que de nombreuses personnes vivent sans papiers depuis des années à cause de retards administratifs, ajoutant que des renvois massifs pourraient avoir des conséquences humanitaires. Il a indiqué avoir lui-même obtenu son PPT il y a seulement quelques mois après près de 10 ans passés en Colombie, tandis que des milliers de personnes, dont son fils, attendent encore leurs documents. Des représentants des migrants soulignent aussi que certains expulsés pourraient être exposés à des risques de persécution politique au Venezuela.
Des experts des Nations unies et des organisations de défense des droits humains critiquent le pouvoir de Caracas pour des allégations d’arrestations arbitraires et de torture visant l’opposition. Selon l’ONU, 7,6 millions de Vénézuéliens ont quitté leur pays depuis 2014. Cette situation conduit à débattre de la nouvelle approche colombienne non seulement sous l’angle sécuritaire, mais aussi à l’aune de ses implications humanitaires régionales.
En quoi cette ligne diffère-t-elle de la politique migratoire précédente ?
Cette nouvelle orientation marque une rupture nette avec la politique d’intégration suivie ces dernières années par Bogotá. L’ancien président Juan Manuel Santos avait instauré en 2017 une autorisation spéciale de séjour de deux ans pour les Vénézuéliens, tandis que le gouvernement d’Ivan Duque avait lancé le PPT en 2021. Gustavo Petro, qui a quitté le pouvoir cette année, avait lui aussi défendu un rapprochement avec le Venezuela et une ligne plus ouverte à l’égard des migrants.
Ronald Rodriguez, de l’Observatoire sur le Venezuela rattaché à l’Université Rosario, estime que le nouveau discours interrompt le langage intégrateur utilisé depuis des années. Pour l’heure, le gouvernement n’a toutefois pas précisé les modalités du plan d’expulsions. Selon les experts, son périmètre et sa mise en œuvre seront clarifiés dans les prochains jours.
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